Un film de Peter Kosminsky

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Un film de Peter Kosminsky

Message  Matthieu le Mar 6 Jan 2009 - 22:55

Blair, made in BBC (L'Humanité, 19 septembre 2003).
Ce soir, Arte. Peter Kosminsky, le réalisateur anglais révélé par Warriors, présente son film politique événement les Années Tony Blair, diffusé sur Arte, à partir de 20 h 45. Entretien.

Peter Kosminsky avait sensation avec Warriors, un chef-d’ouvre sur des soldats britanniques envoyés en Bosnie. Coproduit par la BBC et Arte, les Années Tony Blair livrent un portrait au vitriol du New Labour du premier ministre anglais, depuis son accession au pouvoir jusqu’à sa politique actuelle. Quatre jeunes militants travaillistes, fraîchement sortis de l’université, vont petit à petit perdre leurs illusions et renoncer à leurs rêves. Un téléfilm politique en deux parties, comme la France ne sait pas les réaliser. Entretien avec un réalisateur talentueux et amer.

Pourquoi avez-vous réalisé les Années Tony Blair ?

Peter Kosminsky. Après Warriors, je souhaitais travailler à nouveau avec le scénariste Leigh Jackson. Comme moi, il portait un grand intérêt à la politique. Je voulais comprendre pourquoi les gens ne respectent plus les hommes politiques, pourquoi ils ne vont plus voter. L’abstention grandit à chaque élection. Les extrémistes peuvent en tirer profit. Nous avons donc choisi de mettre en scène un groupe de jeunes gens, sincèrement passionnés par la politique, qui vont perdre leurs illusions. Le film peut être une métaphore pour la nation toute entière.

Mais ne craignez-vous pas de dégoûter davantage les téléspectateurs de la politique ?

Peter Kosminsky. Nous étions conscients de ce risque. Ce que j’ai découvert lors de nos recherches m’a vraiment surpris et choqué. Je suis un idéaliste. En interviewant 120 collaborateurs du Parti travailliste, il était facile de savoir pourquoi ils avaient perdu toute illusion. Notre priorité était d’identifier le problème, de cerner les dangers. Pour que cela serve de leçon. Mais à la sortie du film, les Britanniques n’ont absolument pas paru surpris par ce qu’ils ont vu. C’est ce qui m’a le plus déprimé. J’en conclus que les gens talentueux et intègres ne vont pas s’engager en politique. Ceux qui le font aujourd’hui ne veulent que le pouvoir. Et je n’ai pas de solution.

Ce film est-il celui de votre propre désillusion politique ?

Peter Kosminsky. J’ai dix ans de plus que les héros de mon film. Mais mon expérience est assez similaire à la leur. Leigh Jackson, le scénariste, m’a d’ailleurs interviewé ! Comme Irene, je travaillais à la BBC, tout en cultivant un grand intérêt pour la politique. Mais, moi, j’appartiens à une autre époque, celle du " Old Labour ". Surtout, je ne suis pas un enfant de Margaret Thatcher. Mes parents m’amenaient aux manifestations contre la guerre du Vietnam. J’ai grandi avec mai 1968. La " génération Thatcher " est plus pragmatique, plus égoïste, empreinte de l’idéologie libérale des années quatre-vingt. Ma génération était d’un idéalisme ridicule !

Vous identifiez-vous aux héros du film ?

Peter Kosminsky. Oui. Pour la première fois, je tournais un film sur ce qui me touche profondément. Le personnage de Paul est celui d’un idéaliste, qui peut faire le bien et qui va faire des compromis. Pour lui, seule compte la victoire travailliste après dix-huit ans de règne conservateur. Mais, à la fin, il est déçu, désespéré et honteux. C’est extrêmement émouvant. Mais si vous n’êtes pas un animal politique, si vous n’avez pas la politique dans le sang, vous allez réagir avec cynisme : " Mais à quoi vous attendiez-vous d’autre ? ".

Comment avez-vous articulé fiction et réalité ?

Peter Kosminsky. Nous avons procédé comme pour Warriors. Nous avons fait de longues recherches et multiplié les interviews. Le principe était de retracer des faits réels à l’aide de personnages de fiction. J’ai passé dix années de ma vie à faire du documentaire. Prenons l’exemple de Warriors : si j’avais fait un documentaire sur les soldats britanniques en Bosnie, je n’aurais eu ni la même audience (12 millions de téléspectateurs), ni la programmation sur la BBC à des heures de grande écoute, ni le même budget. Quand le but est de s’adresser au maximum de personnes, il faut trouver le média le plus efficace. Le documentaire induit toujours une distance. Pour toucher les spectateurs dans leurs émotions, il nous fallait créer des personnages dont ils pouvaient se dire " ça pourrait être moi ".

Quelle attitude ont eu les travaillistes à votre égard ?

Peter Kosminsky. Avant le tournage, je suis allé voir le directeur de la communication du Labour pour lui demander de l’aide. Il a catégoriquement refusé. J’ai donc été contraint de travailler exclusivement avec les déçus de son parti. Au départ, je voulais quelque chose de plus nuancé. Mais le staff travailliste a reçu une lettre interdisant tout contact avec l’équipe du film. Quand le film est sorti, ils m’ont accusé de mentir. Mais c’était ridicule, vu toutes les recherches que nous avions menées ! J’ai été déçu. Ce n’était pas un film contre le Parti travailliste. Je voulais simplement comprendre la désillusion régnante. Le film aurait pu être plus utile. La réaction des Britanniques lors de la diffusion du téléfilm sur la BBC, leur absence totale de surprise, nous en dit presque plus sur la gravité de la situation en Grande-Bretagne que le film lui-même.

Vous préparez une nouvelle fiction sur l’affaire Kelly.

Peter Kosminsky. Oui, mais je ne sais pas encore comment je vais la traiter. On ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants de cette histoire. C’est comme un théâtre quotidien. Chaque jour amène de nouvelles révélations. C’est assez excitant pour moi. Je travaille avec Troy Kennedy-Martin, un scénariste fantastique. Le titre provisoire est The Truth Game, le jeu de la vérité. Toute l’affaire Kelly repose sur la question de la vérité et de la confiance. Comme les Années Tony Blair. Je pense qu’on a besoin de regarder ce téléfilm pour vraiment bien comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Voyez-vous des points communs entre la situation en Grande-Bretagne et en France ?

Peter Kosminsky. Quand Lionel Jospin est arrivé au pouvoir, il a été présenté en Grande-Bretagne comme le Tony Blair français ! Blair incarne une approche différente du travaillisme. La modernisation est un de ses mots-clefs. Le pragmatisme contre l’idéologie. Il voulait montrer que la gauche peut être aussi responsable que la droite dans la gestion de l’économie. Il s’est passé un peu la même chose en France et en Allemagne. La gauche s’est rapprochée du centre, voire de la droite.

L’extrême droite représente-t-elle un réel danger en Grande-Bretagne ?

Peter Kosminsky. L’extrême droite a toujours existé, bénéficiant du mépris croissant à l’égard des hommes politiques. En ce moment, elle gagne des points, notamment à la faveur du débat sur les demandeurs d’asile. Mais rien à voir avec Le Pen, pour l’instant. Je ne sais pas comment cela va évoluer. Vous savez, nos partis politiques sont tellement à droite qu’il est difficile pour l’extrême droite de trouver un espace politique.

Entretien réalisé par Lénaïg Bredoux
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Re: Un film de Peter Kosminsky

Message  Luce le Mer 1 Avr 2009 - 9:55

De la revue Synopsis, revue bimestrielle du scénario, sur le site d'Eric Verat, auteur de l'article
Déjeuner avec Peter Kosminsky (Septembre 2003). Extraits :
Les interviews recueillies [en contact avec plus de cent membres du parti travailliste, malgré les pressions] ont servi de canevas à l’histoire. Kosminsky le documentariste aurait pu être tenté par la rigueur de ce format. « Nous n’aurions eu que des propos rapportés et la fiction touche beaucoup plus de gens ». Kosmisnky met en image sur la base d’interviews. Sa mise en scène est très sèche. Il fonctionne à partir de moments de vie qu’il empile. Il suit ses personnages, caméra épaule, formellement, dans le labyrinthe des administrations, puis théoriquement, dans le dédale de la compromission. La caméra suit puis nous laisse face au regard absolument désemparé de Paul (excellent Matthew MacFadyen), petit soldat motivé dont la foi en la politique va piquer en vrille…
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Re: Un film de Peter Kosminsky

Message  Matthieu le Mer 1 Avr 2009 - 10:35

J'ai fusionné le billet ci-dessus avec un précédent (dans un sujet rebaptisé) et j'ai sauvegardé l'article ici.
Merci, Luce.
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Re: Un film de Peter Kosminsky

Message  Luce le Jeu 30 Avr 2009 - 21:48

Labours dirty laundry, par Harry Mount (The Telegraph, 6 novembre 2002).
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Re: Un film de Peter Kosminsky

Message  Luce le Jeu 30 Avr 2009 - 21:59

Une réaction hostile au film de Peter Kosminsky : Off-message, par Tim Allan, qui a travaillé pour Tony Blair de 1992 à 1994 et de 1994 à 1998 (The Guardian, 8 novembre 2002).
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Re: Un film de Peter Kosminsky

Message  Luce le Jeu 30 Avr 2009 - 22:08

Peter Kosminsky confirme : Spin your way out of this, par Richard Brooks (Sunday Times, 10 novembre 2002).
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Re: Un film de Peter Kosminsky

Message  Luce le Mer 11 Nov 2009 - 21:58

Telly talk:The Project, par Ian Wylie (Manchester Evening News, 6 novembre 2002).
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Re: Un film de Peter Kosminsky

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